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La leçon de sociabilité du bébé

par Carole Gayet-Viaud, le 08/04/2015

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La sociabilité des tout jeunes enfants révèle une dimension négligée des relations en public et met au jour des enjeux du côtoiement urbain ordinaire souvent inaperçus. L’interaction civile y manifeste une pente au rapprochement, un souci des autres et du monde qui, certes limités et parfois disputés, participent cependant à la constitution d’un sens ordinaire de l’appartenance à une communauté morale et politique.

Dossier : Les enfants dans la ville

Depuis Georg Simmel, la sociabilité urbaine a été décrite à partir des formes de retenue, de réserve et de blasement que le côtoiement de masse et l’excès de sollicitation des sens produisent chez les citadins (Simmel, 2013). Avec les travaux d’Erving Goffman (1973, 1974, 2013) l’attention a été portée sur la fragilité des activités rituelles accomplies à bas bruit et qui rendent possible la coexistence pacifique entre étrangers. Ses analyses ont montré le travail considérable que requiert, entre inconnus y compris, la mise en œuvre des rites de civilité et la préservation mutuelle de « la face » qu’ils sont réputés servir. Une telle pensée du « lien civil » (Pharo 1985 ; Gayet-Viaud à paraître) fait la part belle à son versant défensif. Respecter, dans cette perspective, c’est d’abord se tenir à distance, se tenir et tenir l’autre « en respect », ne pas se mêler, ne pas heurter, ne pas empiéter, ne pas nuire [1].

Les rites de civilité restent aujourd’hui couramment envisagés à partir de cette idée que leur fonction première serait, à la manière d’une huile dans les rouages, de permettre à chacun de passer son chemin, de circuler paisiblement ; ils seraient cette sorte de péage dont on s’acquitte chacun de son côté, pour mieux se laisser mutuellement en paix. Cette conception insiste sur la capacité des citadins à se laisser tranquilles les uns les autres, à s’éviter, d’abord dans la gestion des flux pédestres et des circulations diverses, mais aussi, plus largement, selon ce même modèle dont la circulation est le paradigme, dans la mise en présence des différences, afin d’éviter toutes formes de heurts et de conflit. La civilité est ainsi couramment comprise comme ce qui exprime et alimente prioritairement la « capacité de déprise » des citadins (Joseph 1997).

Or, l’étude de la sociabilité des enfants, et plus particulièrement des tout-petits, permet de compléter et de nuancer cette vision, en montrant que le fait de se laisser tranquilles les uns les autres n’est ni l’horizon unique, ni le bienfait ultime des interactions urbaines et des relations en public. En effet, la manière dont se découvrent, autour de ces personnages urbains atypiques que sont les bébés, de véritables élans de sympathie, et des gestes de rapprochement perçus de manière relativement univoque comme bienvenus car bienveillants et désintéressés, suggère qu’une part substantielle de ce qui est mis en jeu et au travail dans la coexistence urbaine est laissée de côté par les théories dominantes de la civilité.

L’enquête ethnographique que nous avons conduite au fil de six années d’observations dans les espaces publics urbains de la région parisienne a fait émerger d’importants points d’écarts [2], entre l’image courante de la sociabilité urbaine « moyenne » et ces figures de sociabilité atypiques que le modèle enfantin permet de mettre à jour. On en citera deux ici : 1. le souci des autres et la pente désintéressée au rapprochement ; 2. la volonté de discuter des choses qui fâchent plutôt que de laisser faire et de laisser passer.

Le bébé, un personnage urbain à part

La sociologie se méfie généralement, et non sans raison, des figures génériques et de leurs désignations. L’enfant en toute généralité n’existe sans doute pas plus que « le jeune » ou « la jeunesse » (Bourdieu 1984). Pourtant, l’observation ethnographique indique que, s’agissant des rencontres urbaines, le tout-petit – le bébé – constitue un type d’être, perçu de façon relativement singulière selon un certain nombre de traits typiques pertinents pour définir ce dont il est question (Schutz 1962, 1964 ; Cefaï 1994). Ces « types » produisent, dans les situations de co-présence urbaine, des effets suffisamment saillants et récurrents (si ce n’est systématiques) pour être décrits et analysés en tant que tels, et exhibent des normes, en articulant des catégories à des qualités et à des attributs, des caractéristiques de tous ordres (Jayyusi 2010) qui sont ordinairement trop familiers pour être remarqués, mais que toute analyse de la culture (ici urbaine) se doit d’identifier d’expliciter.

En effet, et contrairement au modèle admis des interactions civiles prenant place entre adultes, les bébés suscitent des interactions marquées par les engagements spontanés des inconnus vers d’autres, qui ne sont pas de l’ordre du « ticket d’entrée [3] » (Relieu 1996) et débordent le seul cadre de la « ressource sûre » (Goffman 1973).

Ainsi, lorsqu’un bébé croise leur route, nombre de personnes se montrent enclines à lui sourire, lui faire signe, lui parler, autrement dit, « osent » l’aborder. Pourquoi se sent-on ainsi autorisé, voire happé, à la vue d’un petit être, par ce qu’il dégage, pourquoi éprouve-t-on l’envie de se tourner vers lui, de s’offrir à sa vue et de le regarder, de tâcher de s’en faire reconnaître et de lui montrer qu’on le reconnaît ?

Rien de plus « naturel [4] », semble-t-il : le bébé est spontanément sociable, et celui qui répond à cette qualité d’invitation dont il semble détenteur ne saurait se voir imputer de mauvaises pensées. La communauté appelée se donne comme immédiatement partagée. Le bébé apparaît d’emblée dans sa généreuse accessibilité ; il est, bien qu’étranger, immédiatement familier et proche. Il salue indistinctement qui le regarde, aime le plus souvent qui lui sourit : il est foncièrement « bon public ». La civilité ainsi figurée ne semble pas s’opposer à la spontanéité, pas plus qu’à l’authenticité. Elle manifeste un mouvement de rapprochement en même temps qu’un égard et une bienveillance supposés difficiles d’accès, voire hors d’atteinte, dans les relations entre individus socialisés, a fortiori entre inconnus.

Un bien commun d’un genre particulier

Le sourire ou l’intérêt qu’il appelle (on cherche à voir son visage une fois sa présence repérée, et à se faire voir de lui) relèvent d’un élan qui n’est pas modulé par l’anticipation d’une réponse, n’est pas le produit d’une anticipation « en deuxième personne » (Ogien 2005), mais le fruit d’une spontanéité qui, pour être impulsive, n’en est pas moins raisonnable. Le sourire au bébé vient d’un « je », se donne à qui le fait avant même d’être proprement adressé, déborde qui le porte. On peut lire ensuite et retrouver, derrière l’humble laisser-aller au plaisir de la rencontre et à l’émerveillement de visages, une vieille femme attendrie, un adolescent flatté, une jeune femme touchée, un vieux travailleur fourbu mais déridé, un homme séduit, etc. Mais l’intention n’est pas même en cause lorsqu’une personne s’avance vers un bébé, pour lui sourire. Le premier geste, l’esquisse du sourire, ou de la quête du visage et du regard, ne sont pas lisibles via des intentions. Ils signent la perception d’une beauté qui relève déjà d’une authentique reconnaissance. C’est sans doute cette irréductible sincérité de l’élan qui porte dans un second temps les autorisations, les audaces et les aménagements spécifiques des civilités permis et mis en œuvre autour du bébé. La personne qui regarde le bébé, se tourne vers lui et le considère apparaît d’abord dans l’attention qu’elle porte, et qui la porte en retour, débordant les enjeux de tenue publique d’un personnage ou d’une « face » (Goffman op. cit.).

Dès lors, la mère ou l’accompagnant tolère, se montre indulgent face aux gestes potentiellement intrusifs et aux paroles – qui pourraient sembler déplacées – d’inconnus ; parce que la parole qu’ils lui adressent, en second lieu, par effet de ricochet, est portée et médiée par le bébé qui porte prioritairement la relation, bien plutôt que l’inverse. Le moteur de l’abord est suffisamment fort pour que les personnes rencontrées « se permettent » de s’adresser spontanément à l’enfant, de le toucher, de le tripoter même, voire de donner quelques conseils à sa mère sur la bonne façon de l’élever.

Le tout jeune enfant et surtout le bébé s’avèrent ainsi des figures particulièrement disponibles à l’interaction qui « réchauffe » et rapproche. Mais ce sont également des figures particulièrement disponibles à l’expression d’avis et conseils non sollicités de la part de tiers qui, dès lors que des bébés sont présents et impliqués, osent s’avancer, s’engager, dire ce qu’ils pensent et savent – ou croient savoir. D’ailleurs, des tensions naissent et des plaintes se dessinent parfois autour de la juste délimitation de ces prérogatives de tout adulte co-présent : s’adresser à lui, faire des remarques, voire des conseils non sollicités [5].

Des formes de félicité ignorées des théories de la civilité

La qualité des interactions civiles qui se déroule autour des bébés ne définit pas le périmètre de la compétence civile en termes dramaturgiques, mais fait signe vers la reconnaissance d’une proximité et d’une commune appartenance, que le bébé incarne et à laquelle il rappelle les co-présents, suscitant une émotion d’un type particulier, dont la manifestation phénoménale première est le sourire. L’interaction civile avec le bébé replace la reconnaissance mutuelle et l’importance, lévinassienne, des visages et de leur dénuement [6] (Levinas 1990) au centre de la rencontre urbaine, en lieu et place des « faces » mises au premier plan par Goffman.

Elle donne à penser des formes de félicité de l’interaction habituellement négligées, notamment par les approches qui ne considèrent les espaces publics urbains que comme le lieu de croisement de quantités innombrables d’« unités véhiculaires » entre lesquelles les égards et les manifestations de respect mutuel sont logiquement plafonnés au minimal vital qu’incarne et suffit à satisfaire l’indifférence civile [7] (Goffman 2013).

Mettre l’indifférence civile au centre et au sommet de la civilité urbaine, c’est définir la compétence civile comme le souci et la capacité de chacun de préserver les « apparences normales », de « se rendre négligeable », de sorte à ne pas s’exposer en public : la compétence civile s’apparente ainsi à un art de se prémunir des risques de toute rencontre, de conjurer la rencontre ; la civilité devient cette vertu superficielle qui permet de s’acquitter de l’interaction en public en se contentant d’appliquer, le plus souvent sans y penser, quelques règles conventionnelles et de pure forme (dont on croit avoir fait le tour en invoquant la liste des prescriptions et des interdits qu’on entend citer partout, au premier rang desquels les fameux « mots magiques » – bonjour, merci, pardon).Une telle conception promeut, en la naturalisant, une vision foncièrement défensive et antagonique de la coexistence et du côtoiement (et plus généralement, de la vie en société), c’est-à-dire une vision de l’homme comme être naturellement violent, hostilité première que l’apprentissage (civil notamment) permettrait simplement de contenir. D’où cette doxa qui veut que la civilité soit un vernis, un masque, un couvercle posé sur la marmite bouillonnante des pulsions naturelles les plus noires, et des « vrais » sentiments.

Sans proposer, pour autant, ce qui serait une vision angélique ou irénique de la nature humaine, il peut être intéressant d’introduire quelque complexité dans un tel schéma. C’est-à-dire cesser de postuler que la tentation pour le mal, la violence et l’agressivité constituent la nature première, authentique et indéracinable de l’homme, qui serait, au mieux, simplement recouverte ou masquée, « contenue » avec plus ou moins de succès, par les conventions (secondes et donc décrétées factices et superficielles) de la vie en société. Il s’agit alors de s’essayer à penser aussi, comme certains auteurs y invitent [8], cet autre versant de l’existence humaine qu’est celui de la pente au bien, du goût des autres, du souci des autres et du monde (Pharo op. cit. ; Eslin 1996 ; Laugier et Paperman 2006). De penser, en somme, l’insociable sociabilité des hommes, pour reprendre la classique tension kantienne (Kant 1989). L’attention donnée à la sociabilité des bébés et ce qu’elle nous enseigne de la possibilité de manifester entre inconnus des égards bienveillants et désintéressés, ouvre une piste dans cette direction.

Bibliographie

  • Arendt, H. 2005. Responsabilité et Jugement, Paris : Payot, coll. « Essais ».
  • Bourdieu, P. 2002 (1re éd. 1984). Questions de sociologie, Paris : Éditions de Minuit, p. 143‑154.
  • Cahill, S. 1990. « Childhood and public life : reaffirming biographical divisions », Social Problems, vol. 37, n° 3, p. 390‑402.
  • Cefaï, D. 1994. « Type, typicité, typification. La perspective phénoménologique », in Fradin, B., Quéré, L. et Widmer, J. (dir.), L’Enquête sur les catégories. De Durkheim à Sacks, Paris : Éditions de l’EHESS, coll. « Raisons pratiques », vol. 5.
  • Eslin, J.-C. 1996. Hannah Arendt, l’obligée du monde. Paris : Michalon, coll. « Le Bien commun ».
  • Gayet-Viaud, C. 2008. L’Égard et la Règle. Déboires et bonheurs de la civilité urbaine, thèse de doctorat, École des hautes études en sciences sociales.
  • Gayet-Viaud, C. 2011. « La moindre des choses. Enquête sur les péripéties de la civilité urbaine », in Berger, M., Cefaï, D. et Gayet-Viaud, C. (dir.), Du civil au politique. Ethnographies du vivre-ensemble, Bruxelles : PIE Peter Lang.
  • Gayet-Viaud, C. À paraître. La Civilité urbaine. Enquête sur les formes élémentaires de la coexistence démocratique, Paris : Economica, coll. « Études sociologiques ».
  • Goffman, E. 1973. La Mise en scène de la vie quotidienne, 2 vol. : 1. La Présentation de soi. 2. Les Relations en public, Paris : Éditions de Minuit, coll. « Le Sens commun ».
  • Goffman, E. 1974. Les Rites d’interaction, Paris : Éditions de Minuit, coll. « Le sens Sommun ».
  • Goffman, E. 2013 [1963]. Comment se conduire dans les lieux publics. Notes sur l’organisation sociale des rassemblements, Paris : Economica, coll. « Études sociologiques ».
  • Jayyusi, L. 2010. Catégorisation et Ordre moral, Paris : Economica, coll. « Études sociologiques ».
  • Joseph, I. 1997. « Prises, réserves, épreuves », Communications, p. 131‑142.
  • Kant, E. 1989 [1784]. Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique, Paris : Gallimard, coll. « Folio essais ».
  • Laugier, S. et Paperman, P. 2006. Le Souci des autres. Éthique et politique du care, Paris : Éditions de l’EHESS, coll. « Raisons pratiques », vol. 16.
  • Levinas, E. 1990. Totalité et Infini. Un essai sur l’extériorité, Paris : Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche ».
  • Ogien, A. 2005. « Le remède de Goffman, ou comment se débarrasser de la notion de self », Le Mental, le vivant, le social, séminaire CESAME, 20 janvier.
  • Ogien, R. 2007. L’Éthique aujourd’hui. Maximalistes et minimalistes, Paris : Gallimard, coll. « Folio essais ».
  • Pharon, P. 1985. Le Civisme ordinaire, Paris : Méridiens Klincksieck. Relieu, M. 1996. « Voir et se mouvoir en marchant dans la ville », Le Courrier du CNRS, n° 82, p. 107‑109.
  • Schutz, A. 1962. Collected Papers I : The Problem of Social Reality, éd. Maurice Natanson, La Haye : Martinus Nijhoff.
  • Schutz, A. 1964. Collected Papers II : Studies in Social Theory, éd. Arvid Brodersen, La Haye : Martinus Nijhoff.
  • Simmel, G. 2013. Les Grandes Villes et la Vie de l’esprit. Suivi de Sociologie des sens, Paris : Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot » [éd. or. 1903. Die Großstadt und das Geistesleben].

Notes

[1] Ce sont d’ailleurs de telles définitions, minimales, de l’exigence morale qui prévalent dans les travaux rangés sous le terme d’éthique minimaliste, tels ceux du philosophe Ruwen Ogien (2007).

[2] Ce texte reprend les résultats d’une enquête ethnographique menée à Paris et en région parisienne dans les années 2000, consacrée à la civilité urbaine, dont est issue ma thèse (Gayet-Viaud 2008). L’ouvrage qui est en issu est à paraître en 2015 : La Civilité urbaine. Enquête sur les formes élémentaires de la coexistence démocratique, Paris : Economica, collection « Études sociologiques ».

[3] Les « tickets d’entrée » (Relieu 1996) sont ces sujets dont il est admis de tous qu’ils constituent des prétextes légitimes pour entrer en interaction avec des inconnus : demander l’heure, demander son chemin, demander du feu en sont trois des plus courants. Plus largement, les conversations entre inconnus sont balisées par ce que Goffman a appelé les « ressources sûres », et le « small talk » : ce sont ces petits sujets qui sont à la portée de tous et qui jouent dans l’échange un rôle essentiellement phatique, de mise en œuvre du lien et de maintien de la communication. Parler du temps qu’il fait en est un exemple typique.

[4] On entend ici « naturel » au sens d’évident plutôt qu’en référence à une opposition entre « inné » et « acquis ». Dans la perspective phénoménologique qui est la nôtre, cette opposition binaire n’a d’ailleurs pas grande pertinence. En tant qu’êtres sociaux, notre « naturel » est entièrement « acquis », c’est-à-dire constitué socialement, ce qui ne le rend pas pour autant factice ou artificiel.

[5] Lorsque les enfants grandissent, le public se permet de s’adresser directement à l’enfant pour engager la conversation avec lui, aussi parfois pour le réprimander. L’autorité générationnelle déborde ainsi la sphère familiale et manifeste, en public, une extension des normes qui prévalent usuellement dans l’espace domestique. Sur ces formes de rapports en public, voir Cahill (1990).

[6] Chez Lévinas, l’accès au visage est d’emblée éthique. En ce sens, il excède toute description possible (couleur de la peau ou des yeux, forme de la bouche ou du nez), il est accès direct, perception immédiate de la vulnérabilité et du dénuement de l’autre, à la fois « supplication » et « exigence » pour celui qui le découvre. Le visage est la voie royale pour faire l’expérience (morale) d’autrui, à l’opposé des frottements à des silhouettes ou à des « faces ».

[7] Celle-ci, définie par Goffman comme la manière de donner à autrui, en situation de coprésence, une reconnaissance minimale en lui montrant que l’on a noté sa présence, mais sans qu’il fasse pour autant l’objet d’une curiosité particulière, joue bien sûr un rôle de premier ordre dans la sociabilité urbaine. L’indifférence civile place donc l’effort relationnel à distance aussi bien de la négligence et du mépris (qui seraient de l’indifférence tout court, faire comme si l’autre n’était pas là, n’existait pas) que de l’intrusion et de tout esprit d’initiative en matière de rencontre.

[8] Je pense ici notamment à Hannah Arendt (2005) : « Selon notre tradition, toute la méchanceté humaine s’expliquerait par […] l’inclination à céder à la tentation. L’homme […] est tenté de faire le mal et il a besoin d’accomplir un effort pour faire le bien. Cette idée est si profondément enracinée que […] l’on en est venu à considérer que le juste est ce que l’on n’aime pas faire et l’injuste ce qui nous tente. »

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Pour citer cet article :

Carole Gayet-Viaud, « La leçon de sociabilité du bébé », Métropolitiques, 8 avril 2015. URL : http://www.metropolitiques.eu/La-lecon-de-sociabilite-du-bebe.html
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