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Vote et géographie des inégalités sociales : Paris et sa petite couronne

par Jean Rivière, le 16/04/2012

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L’analyse des contextes locaux s’avère particulièrement éclairante pour comprendre les processus électoraux, qu’il s’agisse des mobilisations partisanes comme des choix des électeurs. Dans la petite couronne parisienne, le vote est ainsi fortement structuré par la géographie des inégalités sociales.

Dossier : Les territoires du vote

Aux lendemains des scrutins, les cartes électorales fleurissent dans les médias, et l’élection présidentielle de 2012 échappera d’autant moins à la règle que les résultats électoraux informatisés et les logiciels de cartographie sont de plus en plus accessibles. Ces cartes sont parfois produites par des amateurs éclairés (et notamment des internautes) ou par des universitaires qui ne sont pas spécialistes des questions politiques. Nombre d’entre elles, que leurs auteurs interprètent pour dévoiler « les principaux enseignements » (Leroy 2007) à tirer de chaque scrutin, présentent pourtant un intérêt scientifique limité. Souvent construites à l’échelle départementale, elles distinguent au mieux les départements aisés et les départements populaires, les départements ruraux et ceux qui sont considérés comme urbains, pour finalement mettre l’accent sur des cultures politiques régionales sans que l’on sache sur quelles dynamiques sociales reposent ces identités locales.

Il est pourtant possible de disposer de cartes réalisées au niveau communal à la finesse de texture beaucoup plus intéressante, cartes qui ont fait dire à un démographe, à l’issue du scrutin présidentiel de 2002, qu’il ressentait une impression comparable à « la découverte du microscope, du télescope ou du scanner » (Le Bras 2002). De ce point de vue, une nouvelle étape a récemment été franchie puisque c’est désormais au niveau des bureaux de vote que l’on peut cartographier et analyser les résultats électoraux [1]. Les recherches conduites à ce niveau sont rares en France (Girault 2000), même si Paris a par exemple fait l’objet de quelques travaux anciens révélant, à un niveau un peu plus fin que celui des arrondissements, les traductions électorales de l’opposition historique qui structure la capitale entre l’ouest bourgeois et l’est populaire (Goguel 1951 ; Ranger 1977). Le tableau offre une première image du profil électoral de l’espace étudié par rapport à l’ensemble de la France. Il en ressort la surreprésentation des suffrages portés sur les candidats constituant le cœur de l’offre électorale (S. Royal, F. Bayrou et N. Sarkozy).

Résultats du premier tour de l’élection présidentielle 2007
(en % des inscrits)
Catégories d’analyse [2] France entière Paris et sa petite couronne
Abstentions 16,2 14,0
Bulletins blancs ou nuls 1,2 0,9
Extrêmes gauches 4,7 3,3
PCF 1,6 1,8
Écologistes 2,4 2,1
PS 21,4 25,7
Modem 15,3 17,0
UMP et divers droite 26,7 28,8
Extrêmes droites 10,5 6,4
Ensemble 100,0 100,0

Alors que l’agglomération parisienne a connu des transformations majeures, une typologie quantitative permet de rendre compte de la grande diversité des profils des bureaux de vote de Paris et de sa petite couronne lors du scrutin présidentiel de 2007. On peut alors mettre en relation ces configurations électorales avec la géographie des inégalités sociales à l’échelle intra-urbaine. Il s’agit donc de penser les liens entre des configurations électorales et les contextes sociaux urbains où ces configurations sont produites, derrière les rideaux des isoloirs.

La mosaïque électorale de Paris et sa petite couronne [3]
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Profil des types de bureaux de vote. Le tableau ci-dessous présente les scores des différents courants électoraux (en % des électeurs inscrits). Les valeurs en gras indiquent les scores supérieurs à la moyenne, celles de plus grande taille sont les plus caractéristiques de chacun des profils.

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Dans les beaux quartiers

Extraordinairement regroupés dans les 7e, 8e et 16e arrondissements parisiens ainsi que dans leur prolongement de Neuilly-sur-Seine (et secondairement dans les secteurs pavillonnaires huppés de Saint-Maur-des-Fossés ou Marnes-la-Coquette), les bureaux de vote qui apparaissent en bleu foncé sur la carte (type A1) sont une belle illustration du fait que la bourgeoisie constitue la dernière classe sociale mobilisée, ses membres partageant la conscience d’avoir des intérêts communs à préserver et disposant des ressources nécessaires pour les défendre dans le champ politique (Pinçon et Pinçon-Charlot 2007a). Dans ces beaux quartiers et dès le premier tour de scrutin, Nicolas Sarkozy (et Frédéric Nihous) bénéficient à eux deux en moyenne de près de 60 % des suffrages des électeurs inscrits, alors que l’ensemble des candidats de gauche et écologistes en totalisent seulement 11 % [4]. L’examen du profil sociologique de ces bureaux de vote révèle qu’ils concentrent les citadins les mieux dotés en ressources sociales de toutes espèces : 40 % des habitant sont âgés de plus de 55 ans et sont soit retraités, soit situés au sommet de leur trajectoire professionnelle ; la moitié des adultes sont détenteurs d’un diplôme universitaire supérieur au niveau Bac + 3 ; 52 % des actifs sont des cadres et professions intellectuelles supérieures (auxquels il faut ajouter près de 10 % de professions libérales et 17 % de professions intermédiaires). Enfin, la moitié des résidents sont propriétaires de leur logement, dans des secteurs où les prix de l’immobilier sont parmi les plus élevés de la capitale. Le revenu médian des habitants s’élève à 3 150 euros nets mensuels par unité de consommation (UC) [5], et les revenus des 10 % des ménages les plus riches sont en moyenne de 8 600 euros par UC. En dépit de cet entre-soi des « ghettos du gotha » (Pinçon et Pinçon-Charlot 2007b), c’est ici que les inégalités sociales sont les plus marquées, puisque l’écart entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres [6] est de 11,5, probablement en raison de la présence des employés de service de la bourgeoisie des beaux quartiers.

Situés dans le prolongement géographique et sociologique de ces mondes urbains, les bureaux de vote du type A2 (figurés en bleu clair) ceinturent le noyau historique des beaux quartiers (notamment dans les 6e, 15e et 17e arrondissements) et se prolongent dans les Hauts-de-Seine et dans le Val-de-Marne. Leur profil électoral est proche du précédent, même si les tendances sont un peu moins tranchées, avec 40 % des suffrages tout de même pour N. Sarkozy et F. Nihous, et surtout un peu plus de 20 % des voix portées sur la candidature de F. Bayrou. Les habitants de ces bureaux appartiennent à des univers sociaux très proches de ceux décrits dans le paragraphe précédent. On y trouve certes plus d’actifs occupés alors que les espaces précédents accueillaient une part non-négligeable d’inactifs, ce qui permet de comprendre la présence un peu moins forte des plus de 55 ans (33 %). Les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent toutefois 48 % des actifs et leur présence est cette fois associée à davantage d’actifs des professions intermédiaires (24 %). On se situe donc légèrement en dessous dans la hiérarchie sociale, ce que confirme le revenu médian des habitants de ces bureaux de vote, qui s’élève tout de même à 1 850 euros par UC, un niveau deux fois moins élevé qu’au cœur des beaux quartiers mais qui reste largement au-dessus de la moyenne de Paris et de sa petite couronne.

Dans les espaces intermédiaires

Les bureaux représentés en orange (type B1) sont disposés en auréole autour de ceux qui viennent d’être décrits (type A2), notamment dans les arrondissements parisiens centraux, les Hauts-de-Seine et la partie orientale du Val-de-Marne. Les candidats du Modem et de l’UMP y recueillent 53 % des suffrages, soit un niveau légèrement inférieur à celui des bureaux du type A2. La structure par âge se rapproche de la moyenne de celle de Paris et de sa petite couronne, bien que les populations de plus de 55 ans (31 %) restent un peu plus présentes qu’ailleurs. Ce sont toujours des mondes sociaux favorisés que donnent à voir les statistiques du recensement, même si le rapport entre les cadres (38 %) et les professions intermédiaires (29 %) est plus équilibré, et que les niveaux de diplômes atteints sont un peu moins élevés (45 % des adultes étant tout de même dotés d’un titre universitaire de niveau Bac + 2 et plus). De même, si 51 % des habitants sont ici propriétaires de leur résidence principale, 20 % occupent un logement du parc d’habitat social. On retrouve cette dualité à travers le rapport inter-décile qui n’est que de 6, avec un revenu médian de 1 500 euros par UC. Dans l’espace social parisien, ces bureaux de vote constituent une zone de contact et de transition avec la partie orientale de la capitale, qui a connu des mutations sociologiques majeures à partir des années 1980.

La répartition géographique des bureaux de vote représentés en vert (type B2) étaye clairement cette idée. Formant un arc de cercle depuis l’ouest du 18e jusqu’au 14e en passant par les 10e, 11e et 12e arrondissements, ces espaces sont précisément ceux concernés depuis les années 1990 par un processus de gentrification (Clerval 2010). Sur le plan électoral, ces bureaux sont caractérisés par une configuration originale qui repose sur des votes plus élevés qu’ailleurs en faveur du PS (33 %) et des écologistes (3 % dans le cadre d’un scrutin présidentiel qui réussit souvent mal aux formations écologistes), qui s’accompagnent d’un volume non négligeable de suffrages pour le Modem (19 %). La liste des indicateurs sociaux de ces arrondissements du centre-est confirme la piste des effets électoraux de la gentrification : présence importante des populations âgées de 18 à 39 ans (49 %), des étudiants et des actifs occupés, des cadres et professions intellectuelles supérieures (41 %), des professions intermédiaire (27 %), mais aussi des salariés en situation précaire (contrat à durée déterminée, intérim, stagiaires). C’est aussi là que l’on retrouve la proportion la plus élevée d’habitants qui occupent leur logement depuis moins de 2 ans (14 %) et de ceux qui sont locataires du parc privé (41 %). Ces espaces intra-urbains en fort changement social sont donc le lieu de cohabitation entre des groupes sociaux très différents, ce qu’indiquent le niveau localement élevé des inégalités sociales (rapport inter-décile de 8,3) et le revenu médian important (1 850 euros par UC). Il faudrait disposer de données plus fines pour appréhender ces mondes sociaux – et notamment des catégories socioprofessionnelles de l’Insee selon une nomenclature plus détaillée ; en attendant, une enquête récente comparant les structures sociales et les clivages politiques dans le 11e et le 16e arrondissement permet d’éviter les amalgames sur les supposées préférences électorales de la catégorie très médiatique des « bobos », auxquels on pense immanquablement à la lecture du profil sociologique et politique de ces quartiers (Agrikoliansky 2011).

Les espaces figurés en gris clair (type B3), dispersés dans la moitié est de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, correspondent à des espaces intermédiaires séparant des configurations électorales plus marquées. Ces bureaux de vote sont ainsi très proches de la moyenne de l’espace étudié sur le plan électoral, si ce n’est que l’extrême droite (7 %) et l’extrême gauche (4 %) y bénéficient de scores un peu plus élevés que dans le reste de Paris et de sa petite couronne. Là, ce sont les habitants de 40 à 64 ans qui sont très légèrement surreprésentés (41 %), de même que les professions intermédiaires (28 %) dont la présence est combinée à celle des employés (29 %). À mesure que l’on s’éloigne du centre de la capitale, on descend donc peu à peu dans la stratification sociale, ce que confirment d’autres indicateurs. Le revenu médian est ainsi de 1 180 euros par UC, et c’est là que les inégalités sociales sont les moins marquées (rapport inter-décile de 5,7). Les adultes ayant un diplôme inférieur au Bac deviennent majoritaire (52 %) dans ces bureaux de vote, et l’ancrage résidentiel y est plus important (43 % des habitants sont là depuis plus de 10 ans), de même que la proportion de propriétaires (52 %) dont il faut préciser qu’ils occupent des logements situés dans des secteurs périphériques pavillonnaires.

Dans les quartiers populaires périphériques

Avec les espaces qui apparaissent en rose sur la carte (type C1), on pénètre dans des mondes sociaux plus populaires et, si l’on excepte quelques bureaux des 18e, 19e et 20e arrondissements parisiens, on franchit aussi le périphérique. Là, c’est l’abstention (16 %) qui se situe un peu au-dessus de la moyenne, de même que les bulletins blancs ou nuls, l’extrême gauche et l’extrême droite, même si ces différents comportements électoraux représentent une part peu élevée dans l’absolu. Les habitants de 40 à 54 ans (27 %) sont très légèrement surreprésentés dans ces bureaux, de même que les actifs au chômage (13 %) et les (pré)retraités (6 %). La part des adultes n’ayant pas le Bac (58 %) augmente par rapport au profil B3, et les actifs occupés se partagent cette fois surtout entre les employés (33 %), les professions intermédiaires (26 %) et les ouvriers (19 %). Le revenu médian est de 1 080 euros par UC, et les adultes bénéficiaires d’une allocation de logement (13 %) ou du revenu de solidarité active (RSA) (5 %) sont un peu plus nombreux que dans le reste de la petite couronne. Bien que la commune de Gonesse soit localisée à l’extérieur du périmètre étudié ici, l’évocation de ces catégories renvoie assez bien à la figure des « petits-moyens » qui est ressortie d’un travail ethnographique dans cette commune de la deuxième couronne (Cartier et al. 2008). Près de 70 % des habitants de ces bureaux de vote y vivent ainsi depuis plus de 5 ans, et la part des locataires du parc privé (20 %) y est réduite, de sorte que cohabitent des propriétaires (42 %) et des locataires HLM (38 %) en proportion équivalente.

Représentés en rouge, les bureaux de vote du type C2 sont ceux qui sont le plus favorables aux différentes composantes de la gauche. Ils sont situés dans les zones de l’est parisien qui font partie des poches de résistance à la gentrification (Clerval 2010), et surtout au nord de la petite couronne (à Gennevilliers, Saint-Denis ou Montreuil) et dans sa partie sud autour d’Ivry-sur-Seine et de Vitry-sur-Seine, deux pôles historiques de l’ancienne « banlieue rouge ». C’est dans ces secteurs que les scores du PS (34,5 %) sont les plus élevés, et ils s’accompagnent de bons résultats relatifs pour la « gauche critique » (5 % pour l’extrême gauche, 3 % pour le PCF) et d’un niveau assez important de l’abstention et des bulletins blancs et nuls. Les habitants de moins de 40 ans représentent près de la moitié de la population de ces quartiers, où 36 % des adultes n’ont aucun diplôme (ou seulement un certificat d’études), et où les chômeurs constituent 13 % de la population active. Parmi les actifs occupés, les surreprésentations les plus fortes sont celles des employés (35 %) et des ouvriers (21 %), ce qui permet de comprendre le niveau du revenu médian (1 150 euros par UC). Les bénéficiaires des différents dispositifs de redistribution sociale sont ici nombreux : 48 % des habitants sont locataires du parc HLM, 17 % des adultes disposent d’une allocation logement de la CAF et 7 % sont allocataires du RSA.

Enfin, les bureaux de vote cartographiés en marron (profil C3) constituent le dernier ensemble de cette typologie. On y retrouve des quartiers urbains de grands ensembles du nord de la Seine-Saint-Denis (notamment à Aubervilliers, La Courneuve ou Bobigny) et du sud du Val-de-Marne (en particulier autour de Villeneuve-le-Roi et Villeneuve-Saint-Georges). Ils se distinguent avant tout par l’importance de l’abstention (19 %). Si ce niveau de l’abstention peut paraître assez peu élevé, il faut rappeler que le premier tour de la présidentielle de 2007 constitue – avec 16,2 % d’abstention à l’échelle nationale et seulement 14 % à l’échelle de Paris et de sa petite couronne – un scrutin de très haute intensité dans l’histoire récente. Or, comme le montre une enquête de longue durée conduite dans la cité de Cosmonautes de Saint-Denis (Braconnier et Dormagen 2007), les déterminations sociales qui pèsent sur la participation électorale sont d’autant plus grandes que l’intensité des mobilisations autour d’un scrutin est faible. Outre l’abstention, les différentes familles de la gauche (PS, PCF et extrême gauche) ainsi que l’extrême droite recueillent ici un nombre important de suffrages. Pour comprendre ces choix, l’étude des statuts sociaux des adultes de 15 à 64 ans est particulièrement éclairante : 60 % seulement sont des actifs occupés, 12 % des chômeurs, 12 % des stagiaires non rémunérés, 5 % des (pré)retraités et 11 % appartiennent à la catégorie statistique des « autres inactifs ». Au sein des actifs occupés, ce sont surtout les employés (39 %) et les ouvriers (25 %) qui sont présents, sachant que 15 % des actifs occupés disposent d’un contrat de travail précaire (CDD, intérim, stage). Vivent donc dans ces quartiers des populations majoritairement jeunes et souvent dépourvues de titres scolaires, ainsi qu’une part élevée d’habitants durablement exclus du monde du travail ou, pour ceux qui ont un emploi, dominés dans les hiérarchies professionnelles. On comprend alors aisément que le revenu médian soit de 900 euros par UC, et que l’ampleur des inégalités (mesurée par un rapport inter-décile de 7) dans ces bureaux de vote masque le niveau très bas des revenus de ceux qui font localement partie des 10 % les plus riches (1 760 euros par UC) et surtout des 10 % les plus pauvres (270 euros par UC). C’est d’ailleurs aussi là que les mobilités résidentielles sont les plus faibles, puisque 45 % des habitants occupent leur logement depuis plus de 10 ans et que 58 % des résidents occupent un logement du parc locatif public.

Au total, ce tour d’horizon permet d’éclairer les configurations électorales présentes dans la petite couronne parisienne en les resituant dans les contextes sociaux où elles sont produites, depuis les beaux quartiers jusqu’aux quartiers populaires de grands ensembles, en passant par les bureaux de vote du Paris gentrifié. Si l’agglomération de la capitale constitue un terrain où les contrastes sociaux et politiques entre quartiers sont accentués par rapport à des villes de rang inférieur, on peut penser, en raisonnant de manière idéal-typique, que les logiques révélées par cette typologie se retrouvent pour partie dans la plupart des ensembles urbains français. Ainsi, quand l’échelle d’analyse est fine et que l’on évite le piège du spatialisme, les approches cartographiques qui consistent à analyser les choix électoraux en lien avec leurs déterminants sociaux contextuels semblent plus que jamais d’actualité. Elles permettent de réfuter les discours de nombre de commentateurs autorisés de la « vie politique » qui consistent à répudier l’approche privilégiant l’encastrement social des préférences électorales, trop souvent jugée « sociologiste et passéiste » (Lehingue 2001). Gageons que l’on saura éviter cet écueil dans les semaines qui viennent.

Bibliographie

  • Agrikoliansky, É. 2011. « “Bourgeois” contre “bohèmes” ? Transformations sociales et clivages politiques dans deux arrondissements parisiens », in Agrikoliansky, Heurtaux et Le Grignou (dir.), Paris en campagne. Les élections municipales de mars 2008 dans deux arrondissements parisiens, Bellecombe-en-Bauges : Éditions du Croquant, p. 35-78.
  • Braconnier, C. et Dormagen, J.-Y. 2007. La démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation en milieu populaire, Paris : Gallimard.
  • Cartier, M., Coutant, I., Masclet, O. et Siblot Y. 2008. La France des « petits-moyens » : enquête sur la banlieue pavillonnaire, Paris : La Découverte.
  • Clerval, A. 2010. « Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris », Cybergeo : European Journal of Geography.
  • Goguel, F. 1951. « Structure sociale et opinions politiques à Paris d’après les élections du 17 juin 1951 », Revue française de science politique, vol. 1-3, p. 326-333.
  • Le Bras, H. 2002. Une autre France. Votes, réseaux de relations et classes sociales, Paris : Odile Jacob.
  • Lehingue, P. 2000. « Sociologie critique », in Perrineau et Reynier (dir.), Dictionnaire du vote, Paris : Presses universitaires de France, p. 856-861.
  • Leroy S. 2007. « Les principaux enseignements du 1er tour de l’élection présidentielle de 2007 en cartes », Cybergeo : European Journal of Geography.
  • Pinçon, M. et Pinçon-Charlot, M. 2007a. Sociologie de la bourgeoisie, Paris : La Découverte.
  • Pinçon, M. et Pinçon-Charlot, M. 2007b. Les ghettos du gotha. Comment la bourgeoise défend ses espaces, Paris : Le Seuil.
  • Ranger, J. 1977. « Droite et gauche dans les élections à Paris : le partage d’un territoire », Revue française de science politique, vol. 27-6, p. 789-819.

En savoir plus

Le programme de recherche Cartelec de géographie électorale à l’échelle du bureau de vote, proposant une série de cartes pour de nombreuses villes : www.cartelec.net

Notes

[1] Le programme de recherche CARTELEC associant des chercheurs en géographie et en science politique a permis de constituer une base de données associant les résultats des scrutins de la séquence électorale 2005-2010 avec des indicateurs sociaux issus de la statistique publique (Insee, direction générale des Impôts, Caisses d’allocations familiales) à l’échelle des bureaux de vote des agglomérations urbaines françaises. Les résultats présentés dans cet article ont ainsi bénéficié du travail collectif réalisé par l’équipe de ce programme, composée de Laurent Beauguitte, Sébastien Bourdin, Michel Bussi, Bruno Cautrès, Céline Colange, Sylviano Freire-Diaz, Anne Jadot, Jean Rivière et Luano Russo.

[2] Les catégories d’analyse correspondent aux regroupements suivants : extrêmes gauche (Gérard Schivardi, Arlette Laguiller, Olivier Besancenot) ; PCF (Marie-George Buffet) ; écologistes (José Bové, Dominique Voynet) ; PS (Ségolène Royal) ; Modem (François Bayrou) ; UMP et divers droite (Nicolas Sarkozy, Frédéric Nihous) ; extrêmes droites (Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen).

[3] Cette carte présente les résultats d’une analyse statistique des résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2007, réalisée grâce à une analyse en composantes principales couplée à une typologie par classification ascendante hiérarchique. Elle porte sur Paris et la petite couronne, c’est-à-dire les trois départements limitrophes de la ville centre : Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne. Les données introduites dans cette analyse sont les catégories d’analyse du tableau 1 et correspondent aux résultats obtenus par les différents courants politiques au 1er tour du scrutin présidentiel de 2007. Ces résultats sont exprimés en pourcentages calculés par rapport au nombre d’électeurs inscrits (et non par rapport aux suffrages exprimés, ce qui permet de prendre en compte l’abstention). Le profil sociologique des habitants de chaque classe de la typologie a ensuite été calculé à partir des données de l’Insee, de la direction générale de Impôts et de la Caisse d’allocations familiales.
Deux précisions importantes doivent ici être apportées. La première est que les deux types de données qui sont mises en relation ne recouvrent pas les mêmes populations : d’un côté les résultats électoraux portent sur les seuls inscrits ; de l’autre les données de la statistique publique décrivent la structure de l’ensemble de la population résidente (qui comprend par exemple les étrangers et les mineurs qui ne peuvent pas voter, mais aussi des français majeurs non inscrits sur les listes électorales). La seconde est que le fait de travailler au niveau des bureaux de vote ne fait pas fondamentalement disparaître le risque de « l’erreur écologique » : on sait en effet depuis longtemps que les analyses « écologiques » qui croisent la composition sociologique des espaces avec les choix électoraux de ceux qui y vivent ne peuvent pas prouver qu’il existe un lien entre les votes et les propriétés sociales au niveau des individus. Il faut pour cela que des enquêtes par questionnaires, par entretiens ou des approches de type ethnographique viennent compléter ces résultats. On peut toutefois raisonnablement penser que ce risque diminue quand on raisonne à l’échelle plus fine du bureau de vote.

[4] Dans le bureau n° 21 de Neuilly-sur-Seine, N. Sarkozy et F. Nihous vont jusqu’à rassembler 74 % des suffrages des inscrits, la gauche et les écologistes totalisant un peu moins de 5 %.

[5] Afin de neutraliser les effets de taille des ménages, les revenus sont toujours exprimés en euros nets par mois et par unité de consommation (UC) dans cet article. Une unité de consommation correspond à l’équivalent d’une personne, corrigé des effets d’économie d’échelle (la 2e personne du ménage compte ainsi pour 0,7) et des effets d’âge.

[6] Dans la suite du texte et par facilité d’écriture, cet écart entre les revenus déclarés des 10 % les plus riches et ceux des 10 % les plus pauvres est nommé « rapport inter-décile ». Il s’agit d’un des indicateurs généralement utilisé pour mesurer l’ampleur locale des inégalités, qui est ici mesuré à l’échelle des bureaux de vote. Il faut préciser que cette analyse des inégalités est basée sur les seuls revenus déclarés par les ménages, qui ne prennent donc pas en compte des prestations sociales. Cet indicateur ne donne donc qu’une image approchante du niveau de vie des ménages.

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Vos commentaires

  • Le 29 mars 2015 à 10:09, par renard En réponse à : Vote et géographie des inégalités sociales : Paris et sa petite couronne

    Ce n’est pas d’aujourd’hui que datent les relevés par bureau de vote. je renvoie au travail pionnier de Danielle Rapetti sur l’agglomération nantaise publié par le cnrs et qui met en relation l’orientation des votes, les revenus, le choix de l’école et ce par bureau de vote et même par rue pour le montant de l’impôt.
    Travail qui date des années 1980

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Pour citer cet article :

Jean Rivière, « Vote et géographie des inégalités sociales : Paris et sa petite couronne », Métropolitiques, 16 avril 2012. URL : http://www.metropolitiques.eu/Vote-et-geographie-des-inegalites.html
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