Accueil du site > Terrains > Avignon, îlot isolé dans un département frontiste ?
À Avignon, dans une région dominée par le FN, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon est arrivée en tête le 23 avril 2017, devant le parti de Marine Le Pen, pourtant ancré depuis longtemps. L’abstention y a atteint des niveaux records, dans certains bureaux, pour une élection présidentielle marquée par le « naufrage » électoral du PS et de LR.

Dossier : Présidentielle 2017. Les votes des grandes villes au microscope

Avignon, la plus grande ville du Vaucluse, renommée pour son festival de théâtre international, son Palais des papes et son pont inscrits au patrimoine mondiale de l’UNESCO, est aussi la ville la plus pauvre de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et une des plus inégalitaires. Au niveau politique, le département semble acquis au Front national, avec des scores en constante progression depuis une vingtaine d’années. Présent quasi systématiquement aux seconds tours des législatives, premier parti aux régionales et aux départementales de 2015, le FN est arrivé en tête dans la plupart des villes et villages du Vaucluse en totalisant 23,8 % des inscrits sur le département (soit 95 930 voix). Dans un tel contexte, le FN aurait pu se placer en tête à Avignon lors de cette élection présidentielle 2017, comme ailleurs en Vaucluse. La ville a pourtant fait exception dans le département le 23 avril 2017, puisque Jean-Luc Mélenchon s’est nettement imposé avec 20,5 % des inscrits contre 15,3 % au FN, au coude à coude avec Emmanuel Macron (15 %). Ce résultat doit se lire en comparaison avec celui du premier tour de la présidentielle 2012, à l’occasion duquel François Hollande avait distancé les autres candidats avec 23,4 % des inscrits (contre 17,8 % à Nicolas Sarkozy et 15,9 % à Marine Le Pen). Rappelons, d’ailleurs, que lors des élections municipales de 2014, Avignon a été une des rares villes reprises à la droite par une liste emmenée par la gauche socialiste [1]. En 2017, ici sans doute plus qu’ailleurs, la recomposition de l’électorat socialiste ne semble pas avoir profité à Emmanuel Macron, arrivé en troisième position.

Observée à l’échelle fine de ses 70 bureaux de vote (annexe 1), la commune d’Avignon constitue donc un terrain intéressant pour saisir les recompositions politiques à l’œuvre durant cette élection présidentielle. Par rapport aux autres villes au sommaire de ce dossier, ce terrain l’est d’autant plus en raison des corrélations faibles entre les scores obtenus par les candidats entre 2012 et 2017, révélant sans doute des formes de volatilité significatives des électorats avignonnais, dans le cadre d’un renouvellement restreint de la population [2]. Si le coefficient de corrélation le plus élevé concerne Marine Le Pen (r = 0,47 [3]), il reste, lui aussi, bien inférieur à ce qu’on peut, par exemple, observer dans d’autres villes méditerranéennes (pour celles de ce dossier : 0,89 à Nice, 0,93 à Montpellier, et 0,95 à Marseille).

Au vu de ces éléments et de recherche en cours, nous souhaitons réinterroger la spécificité géographique de la ville d’Avignon, qui se partage entre un centre-ville, dit intra‑muros, abrité derrière ses remparts médiévaux, et une vaste zone, dite extra-muros, partagée entre périurbain proche et périurbain éloigné. Cette configuration particulière nous amène à appliquer aux résultats de l’élection présidentielle une typologie élaborée à l’occasion des élections régionales de 2015 (Marchand-Lagier et Sainty 2017) sur la base d’une enquête approfondie menée dans quatre bureaux de vote. Cette typologie distingue les bureaux « dans les murs », qui correspondent à ceux du centre-ville historique (intra‑muros), de ceux positionnés « hors les murs », c’est-à-dire à proximité des remparts (extra‑muros), et enfin de ceux « loin des murs », c’est-à-dire le périurbain éloigné. Les quartiers de l’intra‑muros se divisent entre les quartiers touristiques, où les activités commerciales à destination du tourisme sont celles qui survivent le mieux, les quartiers de l’ouest, dans lesquels résident les populations les plus aisées dans des hôtels particuliers et immeubles anciens à la rénovation soignée, et encore des quartiers du sud et de l’est du centre-ville moins favorisés, où se côtoient des populations très diverses dans des bâtiments plus ou moins vétustes et diversement rénovés. Les quartiers « hors les murs » se partagent entre quartiers pavillonnaires, composés majoritairement de maisons de ville et de petits immeubles en copropriété, et cités HLM, qui peuvent être de véritables zones de relégation pour les populations qui y vivent, avec des bâtiments souvent très dégradés, des espaces verts et des équipements publics quasi absents. Enfin, « loin des murs » se trouvent les espaces les plus résidentiels de la ville. À part quelques mas et fermes, les maisons individuelles, les lotissements et les copropriétés récentes dominent, souvent cachés derrière les grilles et les digicodes, où les panneaux « voisins vigilants » et « surveillance vidéo » jalonnent les rues. Cette tripartition locale permet dans un premier temps d’analyser les poches d’abstention avignonnaises, avant de regarder les résultats de différents candidats à cette élection présidentielle.

Une abstention particulièrement forte « hors les murs »

Le premier tour de l’élection présidentielle a été marqué par une abstention importante à Avignon, puisque 26,1 % des électeurs ne se sont pas déplacés, contre seulement 22,3 % en 2012. Si l’élection présidentielle reste plus mobilisatrice au regard des autres scrutins, près de 15 000 électeurs ont choisi de ne pas voter, soit un nombre équivalent à celui du premier tour de 2002. Ces abstentionnistes se concentrent dans les quartiers les plus populaires de la ville (carte 1), qui bordent la rocade Charles-de-Gaulle (voie rapide urbaine) autour de laquelle sont concentrées les cités HLM très dégradées d’Avignon. C’est sur ce périmètre que sont localisés les trois quartiers désignés comme prioritaires par la politique de la ville : Monclar–Champfleury–Rocade sud–Barbière–Croix des Oiseaux ; quartiers Nord-Est ; et quartier Saint-Chamand. Dans ces quartiers « hors les murs » se concentrent les taux de chômage les plus élevés, les habitants les moins diplômés, ainsi que les plus importantes proportions d’ouvriers et d’employés. Les corrélations sont, d’ailleurs, très fortes entre l’abstention et les proportions de sans-diplômes (r = 0,82) et de chômeurs (0,76) (annexe 2). Dans les bureaux de vote situés dans ces quartiers, des taux d’abstention particulièrement élevés ont été enregistrés, entre 34 % et 43 %, soit près du double de la moyenne nationale, et tous ces quartiers sont plus abstentionnistes que la moyenne communale. Si cette abstention est forte au regard de la capacité de mobilisation de cette élection, celle-ci reste en deçà de l’abstention qui pouvait dépasser les 60 % aux élections régionales. Il y a donc eu un réel regain de participation pour cette élection présidentielle, qui semble à l’évidence avoir profité à Jean-Luc Mélenchon, qui arrive très largement en tête dans presque tous ces bureaux.

Carte 1. L’abstention à l’échelle des bureaux de vote avignonnais

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La France insoumise largement en tête à Avignon

Avec un résultat de 20,5 % des inscrits à Avignon (28,3 % des exprimés), J.‑L. Mélenchon réalise un score supérieur de presque 6 points à sa moyenne nationale. Il n’obtient ainsi jamais moins de 11 % des inscrits et dépasse même les 30 % dans trois bureaux de vote « hors les murs », ceux des quartiers Saint-Chamand et Barbière (carte 2). Les bureaux qui lui sont les plus favorables sont ceux rassemblant les populations les moins favorisées socio-économiquement, et ce même dans les bureaux « dans les murs » (le nord-est de l’intra‑muros ou quartier des Italiens) ou « loin des murs » (Montfavet centre). Au-delà de cette géographie, on observe des corrélations fortes entre le vote pour le candidat de la France insoumise et les quartiers où l’on trouve le plus d’habitants sans diplôme (r = 0,56), résidant en HLM (0,58), et ouvriers (0,37), au chômage (0,66) et/ou occupant des emplois précaires (0,49).

Il semble ainsi que J.-L. Mélenchon ait réussi à mobiliser sur sa candidature des électeurs de gauche, en profitant de la faiblesse du Parti socialiste, notamment parmi les groupes sociaux les plus précaires. Cependant, cette remobilisation est loin de concerner l’ensemble des électeurs, puisque l’abstention reste forte dans les quartiers les plus populaires. De plus, si ce regain de mobilisation permet à sa candidature de rassembler les électeurs de gauche à la faveur de ce premier tour de l’élection présidentielle, il ne semble pas, en revanche, que la participation différentielle ait profité à Marine Le Pen, dont l’ancrage, s’il reste indiscutable, ne témoigne pas d’une dynamique présidentielle spécifique.

Carte 2. Le vote Mélenchon à l’échelle des bureaux de vote avignonnais

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Un vote FN en stagnation

Au premier tour, si le FN gagne un peu plus de 1 200 000 de voix au plan national entre 2012 et 2017, ses performances sur la commune d’Avignon sont plutôt stables. En nombre de suffrages exprimés, la candidate du FN recule même de 160 voix entre 2012 et 2017 (de 8 647 à 8 487), alors même que le corps électoral augmente sensiblement. Au second tour, Marine Le Pen améliore, certes, le score réalisé par son père 15 ans auparavant, mais la progression du FN à Avignon reste plus faible comparée à celle du département ou au niveau national : 5,4 points à Avignon contre 7,7 points dans le Vaucluse et 6,2 points au niveau national. Ainsi, la percée du FN rencontre plus de résistance à Avignon, et ce quelle que soit l’élection considérée. Le FN arrive en tête, au premier tour, dans seulement 11 bureaux de vote sur les 70 que compte la ville (contre 25 des 57 bureaux lors du scrutin municipal de 2014), bureaux dans lesquels il obtient des scores compris entre 22 % et 27 % des inscrits. Au second tour, le FN ne l’emporte, d’ailleurs, plus que dans un seul des bureaux de la ville, malgré sa progression en nombre de voix.

Si le redécoupage des bureaux de 2015 rend difficile la comparaison [4], nous pouvons néanmoins noter une diminution nette du vote frontiste par rapport aux élections régionales de 2015, et légère par rapport à l’élection présidentielle de 2012, dans les trois bureaux de vote que nous avons suivis [5], et ce même pour celui le plus favorable à l’extrême droite situé « loin des murs ». Dans ce bureau, au premier tour, Marine Le Pen n’atteint pas le score réalisé par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen en 2015, suffrages auxquels s’ajoutaient alors les votes pour la Ligue du Sud de Jacques Bompard (graphique 1).

Graphique 1. Résultats du FN (en voix) aux élections nationales et locales depuis 2002 dans les trois bureaux de vote étudiés

C’est néanmoins dans ces bureaux de vote de Montfavet et d’Agroparc, les plus éloignés du centre-ville et des quartiers populaires, que les électeurs ont voté le plus fortement pour M. Le Pen (carte 3). Ce vote pour le Front national semble être aussi un choix répandu parmi des populations « enracinées » dans la ville. Il est ainsi plus fréquent dans les bureaux de vote où résident des proportions importantes de ménages propriétaires de leur logement (r = 0,49), installés depuis plus de 10 ans à Avignon (0,41) et occupant des emplois stables dans le public ou le privé (0,53). Le vote FN est aussi lié à la présence d’habitants appartenant aux tranches d’âge médianes (0,42 avec les 40‑54 ans), peu diplômés (0,67 avec les titulaires d’un CAP ou BEP) et plus souvent employés (0,58) ou retraités (0,44). Comme dans d’autres villes traitées dans ce dossier, on remarque une similarité entre les électorats de Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen sur plusieurs de ces points, notamment le diplôme ou la PCS [6] – bien que le vote Dupont-Aignan semble préféré au vote FN par les professions intermédiaires (0,37), apparaissant peut-être comme une expression plus acceptable dans ce segment de l’offre politique.

Carte 3. Le vote Le Pen à l’échelle des bureaux de vote avignonnais

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Ces éléments confirment la capacité du FN à mobiliser ses électorats plutôt mieux que les autres formations politiques, notamment dans des contextes de faible mobilisation, ce qui lui permet de réaliser des scores élevés à de nombreux premiers tours d’élections intermédiaires (Gombin 2015). Ces résultats confortent les analyses menées depuis plusieurs années à Avignon, qui démontrent que, au sein des régions où le FN est enraciné, M. Le Pen ne réalise pas de meilleurs scores lors des scrutins nationaux. Elle marque même ici le pas, ce qui tend à remettre en cause les commentaires sur l’inexorable progression du Front national et témoigne ainsi sans doute des limites d’une stratégie visant à concilier des électorats très hétérogènes. De plus, les soutiens ne proviennent pas, sur ces terres du Sud-Est, des fractions les plus populaires de la population (Marchand-Lagier, 2017), comme le montre l’analyse des résultats du premier tour : le vote FN est surtout implanté dans les quartiers dans lesquels résident les classes moyennes, les quartiers « loin des murs », alors qu’il recule dans le contexte de forte mobilisation de l’élection présidentielle dans les autres. Le recul le plus significatif s’opère ainsi dans le bureau « dans les murs » dans lequel Marine Le Pen recueille 77 voix contre 135 pour le total enregistré par l’extrême droite en 2015. C’est d’ailleurs dans ces bureaux de centre-ville, protégés par les murs, que le candidat Fillon réalise ses meilleurs scores, largement au-dessus de ceux du candidat Estrosi de 2015. Dans le bureau le plus populaire (situé « hors les murs »), où J.‑L. Mélenchon arrive nettement en tête, le score du FN reste identique à 7 voix près.

Emmanuel Macron, ou les difficultés d’une « mise en marche » locale

En troisième position, le candidat d’En marche, arrivé en tête au plan national avec 18,2 % des inscrits, réalise à Avignon une relative contre-performance avec seulement 15 % des suffrages inscrits, même si ce score est légèrement supérieur à celui de l’ensemble du Vaucluse (14,5 %). Si le vote Macron est le plus corrélé négativement avec le vote Le Pen (r = – 0,44), pour le reste, et outre le fait qu’il semble avoir assez peu bénéficié des reports du vote Hollande en 2012, son électorat est assez difficile à décrire. Il réalise ses meilleurs scores dans les bureaux de vote situés « dans les murs », à deux exceptions près concernant des secteurs que l’on pourrait qualifier de tampons entre la zone « hors les murs » et « loin des murs », où débutent des formes d’habitat pavillonnaire mêlant fractions stabilisées des classes populaires et classes moyennes (carte 4). Les espaces « hors les murs » où il réalise quelques bonnes performances sont les bureaux les plus participationnistes de la ville. Dans ces espaces, le candidat a su capter l’électorat socialiste, comme, par exemple, dans un bureau de vote de Montfavet (n° 459) où Benoît Hamon perd plus de 200 voix par rapport à François Hollande en 2012. Le vote Macron concerne des espaces où réside une population très diplômée (r = 0,78 pour les titulaires d’un diplôme au-delà du bac + 2), comptant davantage de cadres (0,78) et de professions intermédiaires (0,66), et plus mobile (0,50). Ce vote est aussi corrélé aux secteurs où Eva Joly obtient ses meilleurs scores en 2012 (0,46), trait partagé avec le vote Hamon (0,39).

À noter, de façon plus anecdotique, que l’enquête par questionnaire que nous avons conduite à la sortie des bureaux d’Agroparc a permis de constater une sous-déclaration massive du vote Macron au premier tour, à l’évidence très peu assumé : sur 292 électeurs interrogés, seuls 25 ont déclaré un vote Macron alors qu’il rassemble 239 voix sur ces deux bureaux. Sans surinterpréter cette observation « à chaud », celle-ci conforte l’idée que des analyses plus approfondies du vote Macron sont nécessaires pour le comprendre sociologiquement et politiquement, tant il semble dépasser les cadres traditionnels de l’analyse électorale.

Carte 4. Le vote Macron à l’échelle des bureaux de vote avignonnais

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Les Républicains et le PS au plus bas

Le résultat avignonnais de François Fillon (carte 5), particulièrement bas (12 % des inscrits contre 19 % dans le département), confirme le naufrage de la droite avignonnaise que la primaire républicaine de la droite et du centre semblait momentanément avoir conjurée. Pour mémoire, alors que Nicolas Sarkozy rassemble 13 555 voix en 2007 et 9 745 voix en 2012, François Fillon totalise à peine 6 601 voix lors de ce premier tour de 2017. Son électorat est essentiellement localisé « dans les murs », dans les quartiers favorisés du centre-ville – à l’exception d’un bureau « hors les murs » où il se partage encore le terrain avec le FN. Ainsi, les bureaux dans lesquels F. Fillon réalise ses meilleurs scores sont ceux qui rassemblent la population la plus âgée (r = 0,31 avec les 65‑79 ans), la plus diplômée (0,60 avec les diplômés d’un bac + 2 et 0,69 avec les diplômés d’un bac + 3), ou encore avec une part importante de cadres (0,77) [7]. Notons, néanmoins, que dans les bureaux « dans les murs », le rapport de force s’est inversé par rapport à 2012, à l’exemple du bureau du quartier Joseph-Vernet où le FN passe de 138 voix à 65 et Les Républicains progressent de 145 voix à 227.

Carte 5. Le vote Fillon à l’échelle des bureaux de vote avignonnais

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Bon dernier des « grands » candidats avec 4,6 % des inscrits à Avignon (carte 6), un résultat proche de sa moyenne nationale, Benoît Hamon réalise un score qui révèle l’effondrement d’un PS que la victoire socialiste aux municipales de 2014 parvient aujourd’hui difficilement à dissimuler. Les zones de résistance du PS, qui n’excèdent toutefois pas les 8,5 % des inscrits, se retrouvent dans deux bureaux de vote (autour de la place Pie et la zone piétonne) « dans les murs » où l’abstention est plus élevée que la moyenne nationale, et dans quatre bureaux qui bordent les remparts tout juste « hors les murs », composés des quartiers résidentiels du nord de l’avenue Monclar et de la rue de Provence. Il y conserve sans doute le noyau dur des écologistes, comme semble le suggérer la corrélation – somme toute assez peu élevée de 0,39 – avec le vote pour Eva Joly en 2012, la seule véritablement repérable. Le PS est, en revanche, en voie de disparition dans les quartiers populaires qui avaient pourtant donné ses meilleurs scores à François Hollande en 2012.

Carte 6. Le vote Hamon à l’échelle des bureaux de vote avignonnais

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Observé depuis Avignon, ce premier tour de la présidentielle semble acter une faiblesse désormais structurelle des deux partis de gouvernement, concurrencés pour le PS par la France insoumise et pour Les Républicains par un Front national qui domine la vie politique locale mais marque désormais le pas. Nul doute que les résultats des élections législatives seront riches d’enseignements pour apprécier le caractère durable ou non de ces recompositions, mais aussi pour évaluer la réalité de l’ancrage du FN dans la ville, et particulièrement parmi les classes populaires.

Annexe 1. Quelques précisions méthodologiques

Comme l’ensemble des articles de ce dossier thématique « Élection présidentielle : le vote des grandes villes françaises au microscope », les analyses proposées par les auteurs sont appuyées sur des cartes réalisées par Christophe Batardy (ingénieur d’études CNRS – UMR ESO) à l’échelle des bureaux de vote [8]. Les fonds de carte des bureaux de l’ensemble des villes au sommaire du dossier ont été produits grâce au travail d’actualisation de la base de données CARTELEC mené par Céline Colange (ingénieure de recherche CNRS – UMR IDEES). En complément de ces cartes, les auteurs ont pu mobiliser une matrice des corrélations statistiques (annexe 2) entre les comportements électoraux au premier tour du scrutin présidentiel de 2017, les votes observés au premier tour de la présidentielle de 2012 (de manière à pouvoir resituer politiquement les résultats), et quelques variables socioéconomiques diffusées par l’INSEE (de manière à pouvoir éclairer sociologiquement les résultats). Le problème d’inadéquation entre ces trois fonds de carte (découpage des bureaux en 2017, tracé des bureaux en 2012, périmètre des IRIS de l’INSEE en 2014) a été résolu par la ventilation de l’ensemble des données dans la maille spatiale des bureaux millésimés 2017, en s’inspirant de travaux développés dans le cadre de l’ANR CARTELEC (Beauguitte et Colange 2013) [9]. La production des matériaux cartographiques et statistiques a été coordonnée par Jean Rivière.

Annexe 2. Matrice des corrélations

Bibliographie

Notes

[1Concurrencée par le candidat FN arrivé symboliquement en tête au premier tour de ces municipales, Cécile Helle, tête de liste socialiste, n’était parvenue à gagner la mairie qu’au prix d’une alliance compliquée avec le Front de gauche d’André Castelli, soutien de la France insoumise pour ce premier tour de la présidentielle, et aujourd’hui en concurrence avec ce mouvement pour l’investiture sur la première circonscription du Vaucluse – celle d’Avignon.

[2Cf. chiffres clés de l’INSEE sur la commune d’Avignon : www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=COM-84007#chiffre-cle-1.

[3Les valeurs du coefficient de corrélation r de Pearson varient toujours entre – 1 et + 1. La première information est donnée par le signe de la corrélation. Lorsque r est positif, le niveau du vote pour un candidat a tendance à s’élever quand la proportion d’une catégorie dans la population (par exemple, les « 25-39 ans ») augmente. À l’inverse, quand r est négatif, le pourcentage de ce candidat diminue quand la part de cette catégorie dans la population augmente. La seconde information est fournie par la valeur du coefficient. Quand cette valeur tend vers – 1 ou + 1, cela signifie que la relation statistique entre le vote et la catégorie sociale dont on teste les effets est très intense. Par contre, quand la valeur de r est proche de 0, on peut en conclure qu’il n’existe pas de relation entre la géographie du vote pour ce candidat et cette catégorie sociale. Enfin, on peut tester la significativité de la corrélation afin d’en évaluer la robustesse statistique. Toutes les corrélations figurant en gras dans l’annexe 2 sont significatives avec une marge d’erreur inférieure à 1 % ; c’est sur elles que repose le travail d’interprétation proposé dans cet article.

[4Nous avons néanmoins pu recomposer un historique électoral sur la base du nouveau découpage, en reventilant les anciens bureaux de vote sur le périmètre des nouveaux grâce au travail de Romain Louvet (doctorant à l’université d’Avignon, UMR ESPACE).

[5Pour une présentation plus détaillée du travail mené sur ces bureaux de vote, voir Marchand-Lagier et Sainty (2017) : www.laviedesidees.fr/Sur-le-Front-d-Avignon.html.

[6PCS : professions et catégories socioprofessionnelles.

[7Si la corrélation est forte également avec les quartiers dans lesquels se trouvent une forte proportion de locataires (r = 0,51), cela s’explique par la spécificité du marché immobilier dans l’intra‑muros avignonnais, où, malgré le capital économique important de certains ménages, le taux de ménages propriétaires de leur logement est relativement faible (en moyenne, un tiers des ménages sont propriétaires de leur logement sur l’intra‑muros avignonnais).

[8Ces cartes sont établies en pourcentages par rapport au nombre d’électeurs inscrits (et non par rapport aux suffrages exprimés), ce qui permet de prendre pleinement en compte l’abstention, les bulletins blancs et les suffrages nuls parmi les comportements électoraux analysés.

[9Cette ventilation entre couches d’information spatiale a été réalisée sous le logiciel R par Aliette Roux (doctorante en géographie, université de Nantes – UMR ESO) grâce au script « Reapportion data from one geography to another in R » développé par Joël Gombin (doctorant en science politique, université de Picardie – UMR CURAPP‑ESS).

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Pour citer cet article :

Christèle Marchand-Lagier & Jessica Sainty, « Avignon, îlot isolé dans un département frontiste ? », Métropolitiques, 12 mai 2017. URL : http://www.metropolitiques.eu/Avignon-ilot-isole-dans-un.html
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