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Y a-t-il des « urban studies » à la française ?

par Anaïs Collet & Philippe Simay, le 03/07/2013

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Bordeaux, France (cc) Lesley (lezzles/Flickr) et Chicago, États‑Unis (cc) (...)
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Les travaux français portant sur les villes et les territoires urbains forment-ils des « études urbaines » à l’image des urban studies transdisciplinaires à l’anglo-saxonne ? L’histoire des sciences sociales de l’urbain et leur structuration institutionnelle façonnent des productions françaises encore largement disciplinaires, orientées par la « demande sociale » et aux objets présentant certains angles morts. Quelles en sont les spécificités, et quelles pourraient en être les évolutions à l’aune de ce qui se pratique ailleurs dans le monde ?

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Dans les pays anglo-saxons, la production de connaissances sur la ville et les territoires se fait dans le cadre des urban studies. De même que les gender studies ou les cultural studies, ce champ de recherches s’est constitué autour d’un objet central : la ville et ses environs. S’y rattachent tous les travaux portant sur le fait urbain et ses très nombreuses dimensions (logement, transport, peuplement, emplois, etc.), quelle que soit la discipline dont ils relèvent – géographie, aménagement et urbanisme, architecture, ingénierie, économie, science politique, sociologie, anthropologie, démographie, histoire, voire biologie…

En France, une telle structuration pluridisciplinaire des recherches sur la ville et l’urbain n’existe pas. Le rôle important joué par la demande sociale et la commande publique dans le développement des recherches sur la ville et l’urbain a certes favorisé l’émergence de savoirs au carrefour de plusieurs disciplines, comme l’archéologie, l’histoire et l’ingénierie. Néanmoins, le cloisonnement disciplinaire reste fort, notamment au sein de la recherche académique. L’organisation institutionnelle de la recherche et de l’enseignement n’y est évidemment pas pour rien : s’il existe des instituts d’aménagement et d’urbanisme, une bonne partie de la recherche et de l’enseignement supérieur sur les villes et l’urbain s’effectue dans des facultés de géographie, d’histoire, de sciences sociales, de science politique, etc., le plus souvent distinctes, et dans des écoles d’architecture ou d’ingénierie elles-mêmes séparées des universités. À l’exception de certains objets de recherche (comme les espaces périurbains, par exemple), construits de longue date par la mise en regard de la sociologie, de la géographie et des sciences politiques, les coopérations entre différentes disciplines restent peu fréquentes et sont relativement récentes.

Questionner ainsi les recherches françaises sur la ville et l’urbain au miroir des urban studies anglo-saxonnes permet d’en mieux saisir les spécificités, d’en revisiter l’histoire et l’organisation institutionnelle. On peut relever, par exemple, la faible présence des catégories ethniques dans les savoirs produits par les chercheurs français, notamment chez les sociologues qui reconnaissent, pourtant, les travaux de l’École de Chicago comme l’une de leurs principales sources d’inspiration. De l’École de Chicago, les chercheurs français ont davantage retenu l’approche monographique, bien développée désormais, tandis que les urban studies contemporaines, s’appuyant sur des productions françaises plus anciennes – analyses marxistes, théories régulationnistes – développent aujourd’hui des travaux ayant une forte dimension théorique.

Ce dossier ouvre une réflexion sur les conditions de production et les spécificités des « études urbaines » françaises. Loin de prétendre à l’exhaustivité, nous souhaitons ici amorcer une réflexion largement ouverte à de nouvelles contributions : quels sont les effets de l’histoire française de la constitution des « sciences de l’urbain » et de leur structuration institutionnelle sur les savoirs produits ? Peut-on envisager d’autres manières de faire l’étude des villes et des territoires ? Et quelles circulations, quelles passerelles existent et peuvent se consolider aujourd’hui avec les urban studies anglo-saxonnes ?

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Pour citer cet article :

Anaïs Collet & Philippe Simay, « Y a-t-il des « urban studies » à la française ? », Métropolitiques, 3 juillet 2013. URL : http://www.metropolitiques.eu/Y-a-t-il-des-urban-studies-a-la.html
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