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Errer et s’égarer dans l’idée d’enceinte

par Mathias Rollot, le 13/04/2020
La forme bâtie de l’enceinte constitue-t-elle un fait majeur de la « sédentarisation » ? Soutenue par l’architecte Frank Rambert dans un essai original, cette thèse manque de précision, selon Mathias Rollot, pour emporter la conviction.
Recensé : Frank Rambert, Hors nature. L’enceinte, une figure de la sédentarisation, Genève, MētisPresses, 2019, 144 p.

Le livre de l’architecte Frank Rambert s’intéresse à douze figures de « l’enceinte ». Au fil de 136 pages illustrées, l’écriture, fluide et synthétique, fait le pari, bienvenu et assez original, de développer cette figure architecturale pour relire l’actualité environnementale. Pour ce faire, l’ouvrage ne prétend pas « être novateur » ou « apporter de solutions aux problèmes qui sont ceux de l’humanité aujourd’hui », mais choisit de « porter un regard sur notre humanité depuis sa sédentarisation » pour « saisir l’évolution d’un processus dans lequel l’humanité est inscrite » (p. 10). Composé de brefs chapitres, le texte est pensé comme une série de petites promenades assez indépendantes les unes des autres, des origines de l’humanité jusqu’à l’agence d’architecture contemporaine Dogma, en passant par le jardin d’Éden, le Parthénon et Le Corbusier ; une traversée osée entre les siècles et les thématiques. Il en résulte un essai original, à la fois rafraîchissant par les nombreuses libertés qu’il saisit pour s’établir et efficace grâce au caractère synthétique de son style.

On s’interroge toutefois : quelles sont, plus précisément, les intentions et finalités théoriques globales du texte ? À qui s’adresse-t-il, et pour démontrer quoi ? L’enceinte est-elle bien « une figure de la sédentarisation », et comment cette affirmation est-elle argumentée ? La discussion critique qui suit porte sur ce type de questions de fond.

« Humanité », « Nature » et autres raccourcis

Frank Rambert s’essaie à une mise en relation globale entre histoire de l’architecture et moments clés de la « sédentarisation » des sociétés occidentales. Comme le mentionne le titre de l’ouvrage, Hors nature propose de s’appuyer sur la vieille opposition entre nature et culture pour replacer l’architecture au centre des débats environnementaux actuels. L’exploitation de la nature prendrait ses racines dans la sédentarisation « qui voit l’humanité s’extraire de la nature » ; l’architecture accompagnerait cette sédentarisation ; le « geste architectural premier » serait celui de ceindre ; enfin donc, il suffirait de remonter aux origines et développements de cet acte pour « retrace[r] un processus qui a conditionné notre rapport à l’environnement » (quatrième de couverture).

Ce raisonnement, hélas, n’est pas considéré comme une hypothèse – qu’on démontrerait au fil du texte – mais comme un axiome : un postulat de départ jamais vérifié ni (re)mis en question. Ce qui est sans doute fort dommageable pour l’ouvrage, tant ces présupposés initiaux, franchement datés, voire erronés, ont largement été remis en cause depuis plusieurs décennies.

S’il ne fallait citer qu’une référence sur la question, Par-delà nature et culture de l’anthropologue Philippe Descola [1], a bien montré le relativisme culturel et les égarements intellectuels découlant de l’opposition entre une « nature » fantasmée sauvage et vierge et une « culture » humaine extérieure à celle-ci. Sur le sujet plus précis qui anime Rambert, travailler aux côtés de cet opus magnum aurait permis d’éviter de réduire, dans bon nombre de réflexions et de formulations, l’humanité, la culture, l’architecture ou l’acte de ceindre à « la sédentarisation ». À cet égard, il faudrait aussi savoir si l’auteur cautionne les quelques affirmations effarantes qui jalonnent l’ouvrage, comme cette proposition selon laquelle « la sédentarisation est la seule condition possible qui permet à l’humanité d’assumer plus puissamment sa condition pensante », à la différence de « l’état nomade », ayant quant à lui « des limites qui ne suffisent peut-être pas à occuper un cerveau aussi développé » (p. 44) : une hypothèse qu’apprécieront les nombreux peuples nomades contemporains – relégués au rang d’humanité inférieure. Rambert insiste pourtant : « l’humanité invente les établissements qui lui permettent de satisfaire à la nécessité, voire la fatalité, de son évolution », de sorte qu’« il n’est pas dit que la sédentarisation ne soit pas l’aboutissement du genre Humain » (p. 46). Parmi une multitude d’autres auteurs de référence, on pourra relire l’anthropologue Pierre Clastres [2], radicalement clair dès 1974 sur la question :

[...] c’est à cela qu’il s’agit de se tenir fermement : les sociétés primitives ne sont pas les embryons retardataires des sociétés ultérieures […], elles ne se trouvent pas au point de départ d’une logique historique conduisant tout droit au terme inscrit d’avance, mais connu seulement a posteriori, notre propre système social (p. 169).

Frank Rambert l’oublie-t-il en écrivant que « la sédentarisation est le préalable nécessaire à l’apparition de l’idée de progrès » ; ou lorsqu’il affirme « [qu’]il fallait bien, pour passer à des expérimentations plus sophistiquées, pour penser des développements plus matures et atteindre des résultats plus probants, s’établir en stabilité » (p. 45) ? Outre que l’affirmation est erronée, il est particulièrement dangereux de considérer les sociétés sédentaires comme « plus matures » que celles dites primitives, des chasseurs-cueilleurs [3]. Mais l’auteur n’est pas à un raccourci près, et on comprend mieux, à constater plus loin les assimilations tout aussi rapides et globales entre christianisme, « humanité », sédentarisation et destruction de la nature (p. 65-73), à quel point les formulations du texte sont peut-être plus malheureuses que les intentions de l’auteur, et de quelle façon un manque général de rigueur dessert le texte et ses tentatives d’argumentation.

L’ambivalence de l’arbitraire et de l’implicite

On imagine que l’ouvrage saura convenir à des étudiants démarrant leur cursus d’architecture ou de paysage, par exemple. Que retiendront toutefois ces derniers, de cette vaste traversée dépassant de très loin le sujet-prétexte de « l’enceinte » pour aller s’aventurer dans des discussions sur la composition des colonnes du Parthénon (p. 57-61), les « stratégies » déployées par le christianisme pour « coloniser le monde occidental » (p. 69-73), le « Ieroushalaîm du ciel » (p. 77-82), le sens à donner au poème La Conscience de Victor Hugo (p. 88-91), ou encore la figuration « qui ne dit pas explicitement son nom à Firminy » (p. 99-101) ? Le système de mise en relation opéré par l’ouvrage pourra osciller d’intéressant à farfelu voire absurde, en fonction des divers points de vue ou attentes du lectorat. Mais la raison et l’honnêteté intellectuelle ne peuvent que pousser à regretter le caractère arbitraire du choix des quelques cas d’études présentés : car si cela n’est pas nécessairement gênant au développement d’un texte (l’arbitraire pouvant avoir du bon, voire étant nécessaire à l’occasion [4]), la démarche est plus délicate tant les choix faits peuvent être remis en question au regard du texte lui-même.

À titre d’exemple, on pourra s’interroger sur l’écart temporel entre l’« enceinte #01 » (l’installation humaine de la grotte de Bruniquel, datée de « 176 500 avant le présent ») et l’« enceinte #02 » présentée (le templum de Göbekli Tepe, « d’environ 9 500 av. J .-C. »). Comme si les cultures humaines n’avaient rien connu, rien inventé, rien bâti comme figure d’enceinte majeure entre les deux ! Ce serait oublier les habitations en os de mammouth du site archéologique de Mejyritch en Ukraine [5], ou de Dolni Věstonice en République tchèque [6] – datées de 15 000 av. J.-C. pour la première et d’environ 30 000 av. J.-C. pour la seconde. Deux preuves parmi tant d’autres qui rendent caduque l’affirmation de l’auteur selon laquelle « [l]es premières enceintes de Göbekli Tepe […] sont les plus anciens édifices de l’humanité connus à ce jour » (p. 30) [7]. À l’évidence, une étude sérieuse aurait cité quelques autres cas canoniques d’enceintes, à la fois chronologiquement préalables à celles évoquées et non moins fondatrices, dont notamment les cimetières (datant de 16 500 av. J.-C. pour celui d’Uyun al-Hammam en Jordanie [8]) ou les réelles formes d’enceintes agricoles préhistoriques qui ont permis de parquer des animaux, pour constituer les premières formes de « prédomestication » vers 10 000 av. J.-C. [9]. Si Hors nature choisit hélas d’éluder ces cas, ce n’est pas de façon explicite ni argumentée mais en taisant, purement et simplement, leur existence.

Autre exemple : l’hypothèse de l’enceinte comme « une figure de la sédentarisation ». Comment l’ouvrage démontre-t-il cette affirmation présente dès son sous-titre ? Tandis qu’aucune argumentation n’est explicitement consacrée au sujet, dès les débuts du texte, avec la présentation des restes de Göbekli Tepe (sud-est de la Turquie), Rambert lui-même doit au contraire préciser que « [ces] premières enceintes […] ont été réalisées par des chasseurs-cueilleurs », précédant « l’apparition de l’élevage et de l’agriculture » de « près de 2000 ans » (p. 30). Or, rien n’atteste que ces constructions préhistoriques puissent avoir un lien avec les processus de sédentarisation à l’œuvre, qu’elles puissent les avoir permis ou aidés. Comme l’affirme l’archéologue Moritz Kinzel, tout donne plutôt à croire que « des édifices permanents ne reflètent pas nécessairement des communautés sédentaires [10] ». L’enceinte est-elle réellement une figure de la sédentarisation ? À constater qu’aucun chapitre ne permet de l’affirmer, on pourrait s’interroger sur l’intérêt du livre pour son propre sous-titre.

L’arbitraire, l’implicite et l’affirmatif peuvent-ils construire une démonstration ?

Une lecture exigeante de Hors nature regrettera l’absence globale de méthode intellectuelle rigoureuse ; le texte souffre de nombreux manques en matière de précision lexicale, d’explicitation et d’objectivation des complexes débats sur les sujets abordés. Ce choix stylistique, s’il a peut-être le mérite de fluidifier la lecture et d’alléger le contenu du texte, tend à lui donner une coloration « essayiste-affirmative » à la limite de l’affirmation gratuite. De fait, le texte restera sans doute une contribution disciplinaire décevante, s’il s’agissait bien en tout cas de « solliciter l’architecture pour alimenter [le] débat » (p. 9). Est-ce là tout ce dont est capable la discipline architecturale ? Où sont ses outils, ses méthodes, sa culture et ses finalités propres ?

Au fil des chapitres, l’ouvrage transpire l’inachevé, le texte se transformant progressivement en série de citations non commentées, en listes de tirets sans articulations, en chapitres composés de dérives textuelles sans rapport avec leur sujet [11] ; avant de s’achever, en ouverture, sur une citation de Wikipédia convoquée pour définir « l’Anthropocène » (p. 132). Les sources bibliographiques rarissimes, l’amour (très architecte) des aphorismes, la tendance générale à la simplification et le caractère expéditif des descriptions, illustrations et réflexions donnent à l’ensemble un arrière-goût âcre-amer, de sorte qu’en définitive on ne sache plus bien quoi croire ou penser de ce qui est écrit. Quid de tout le spectre de sujets, époques et problématiques évoqués par l’ouvrage sur lesquels se sont penchées auparavant des disciplines aussi variées que l’archéologie, la théologie, l’histoire de l’art, l’anthropologie, la philosophie et l’architecture ? S’agit-il d’une réelle performance transdisciplinaire et transculturelle, efficace, brillante et érudite – qui serait seulement restée dans l’implicite et la vulgarisation expéditive par modestie –, ou plutôt d’une forme d’imposture intellectuelle plus vulgaire, un travail négligeant et oublieux, tout à fait bâclé ? Le doute est permis.

Notes

[1Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005

[2Pierre Clastres, La Société contre l’État, Paris, Éditions de Minuit, 1974.

[3Car, répétons-le avec Clastres : « il n’y a pas de hiérarchie dans le champ de la technique, il n’y a pas de technique supérieure ni inférieure”, en cela que « l’équipement technique d’une société n’est pas comparable directement à celui d’une société différente, et rien ne sert d’opposer le fusil à l’arc » (ibid., p. 163-164).

[4Henri-Pierre Jeudy, Éloge de l’arbitraire, Paris, PUF, 1993.

[5Voir notamment en ligne, parmi la multitude de documentation disponible sur le sujet : www.donsmaps.com/mammothcamp.html.

[6Bohuslav Klíma, « Palaeolithic Huts at Dolní Věstonice, Czechoslovakia », Antiquity, vol. 28, n° 109, 1954, p. 4-14 ; et encore : https://www.donsmaps.com/dolnivi.html.

[7On aurait alors, éventuellement, attendu une définition du concept « d’édifice » capable d’inclure le templum turque cité par l’ouvrage tout en excluant tous les précédents ici évoqués – mais en vain.

[8Voir Lisa A. Maher et al., « A Unique Human-Fox Burial from a Pre-Natufian Cemetery in the Levant (Jordan) », Plos One [en ligne], 2 janvier 2011. URL : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0015815.

[9« il y a environ 10 000 ans – on ne connaîtra jamais la date exacte –, toute une série d’actions délibérées, comme l’enfermement de jeunes ongulés dans des enclos, a entraîné un bouleversement des relations entre homme et animal » ; « Parquer les jeunes animaux devint une pratique habituelle de ce qu’on pourrait appeler une forme de “prédomestication” » ; Brian Fagan, La Grande Histoire de ce que nous devons aux animaux, Paris, Vuibert, 2015, p. 99, p. 81.

[10« permanent buildings do not necessarily reflect permanent settlements », https://www.theartnewspaper.com/news/is-this-the-world-s-first-architecture.

[11On pourrait s’interroger à ce sujet sur les troublants chapitre 6, « Ieroushalaîm du ciel » – vaste digression sur la thématique de la proportion et de la composition sans que ne soit bien explicitée la relation entre ces sujets et ledit « Ieroushalaîm » – et chapitre 7, « Un jeu d’enfant » – large dérive portant sur à peu près tout (grottes préhistoriques de Bruniquel, Caïn, Victor Hugo, Fritz Lang, Rémus et Romulus…) sauf sur le « jeu d’enfant » annoncé, les trois premiers paragraphes mis à part…

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Vos commentaires

  • Le 27 juin à 14:45, par Frank Rambert En réponse à : Errer et s’égarer dans l’idée d’enceinte

    Réponse à l’article de Mathias Rollot : Errer et s’égarer dans l’idée d’enceinte
    Frank Rambert

    La revue Métropolitiques a publié, le 13 avril 2020, un article de Mathias Rollot sur mon livre Hors nature. Cet article, qui se voudrait être une recension s’avère être plutôt un portrait à charge qui se manifeste par une agressivité peu commune dont on peut se demander ce qui la motive, mais qui motive néanmoins cette réponse.
    Qu’en est-il ? Monsieur Mathias Rollot se barde de l’appareil méthodologique et référentiel propre au chercheur pour dépecer un texte qui, lui, s’inscrit dans un récit, la réflexion d’un architecte motivé par le désir de comprendre et faire comprendre son champ disciplinaire qui n’est pas celui de l’anthropologie ou autres disciplines universitaires qui ont leurs propres codes et qui ne sont pas ceux des architectes. Alors, bien sûr, nous ne parlons pas le même langage et, de fait, l’auteur de cet article n’a pas voulu se rendre accessible à un mode de réflexion qui prend des chemins de traverses et s’évade quelque peu du chemin bien tracé de la recherche académique. Forcément comme il y a malentendant, il y a malentendu. L’ensemble de l’article est une somme d’attaques systématiques que je pourrais reprendre une par une si l’exercice ne s’avérerait passablement ennuyeux. Je retiendrai deux choses cependant tant elles m’ont heurté par la façon expéditive et mensongère de mettre en cause les idées que j’avance.
    J’ose espérer, monsieur, que vous n’avez pas lu mon livre pour me faire dire que je tiendrais les chasseurs-cueilleurs pour des êtres inférieurs à ceux qui se sont sédentarisé. À plusieurs reprises j’écris combien ce mode de vie n’a rien à envier à celui des sédentaires, parfois même avec une pointe d’envie. Ce dont je parle, c’est de différences de processus. Le chasseur-cueilleur se place dans un temps cyclique qui voit le temps se répéter alors que le sédentaire se place dans un temps en permanence évolutif, une évolution exponentielle dans laquelle il s’inscrit et qui ne peut exister que par l’état sédentaire. De là à me faire dire que je tiendrais l’un pour inférieur à l’autre… c’est tout simplement malhonnête. Vous citez Pierre Clastre qui nous dit que "rien ne sert d’opposer le fusil à l’arc". Comment ne serais-je pas d’accord quand je dis moi-même : L’humain du Néolithique qui fabrique l’herminette qui va lui permettre de travailler l’arbre et lui servir à cuire des céramiques, n’est pas un processus différent de celui qui va fouiller la terre pour trouver le charbon à mettre dans la machine à vapeur. Mais ce que je dis aussi est que la sédentarisation, ce n’est pas l’humain qui cesse de parcourir le monde, c’est l’humain qui devient industrieux et créer des établissements pour satisfaire à cette condition. C’est de ce point de vue que je regarde les différences, non pas celle d’une capacité à développer de la pensée, comme vous me le faites dire, mais celle de développer des processus d’évolution différents. Et là, tout change ; l’arc qui passe par le filtre de la condition industrieuse devient fusil, et les deux n’ont plus alors tout à fait la même valeur. S’il fallait vous en convaincre, je laisserais les indiens d’Amérique vous en faire la démonstration, ils ont un historique assez convaincant sur le sujet, et vous seriez bien inspiré de citer Philippe Descola à bon escient.

    Par ailleurs il me semble que vous n’ayez voulu comprendre la valeur que j’accorde à l’enceinte. Elle n’est pas le sujet du livre qui, lui, parle de la rupture consommée par l’humain sédentaire avec son milieu originel en s’inscrivant dans un monde fictionnel. Elle est le personnage qui permet d’accompagner le lecteur dans un récit. L’enceinte est, de ce fait, une figure de théorie et non pas un objet architectural. J’entends par figure de théorie, une figure qui n’a ni forme, ni échelle, qui est valable pour l’ensemble de la production architecturale quels que soient le temps et le lieu dans lesquels elle se place. La figure de l’enceinte, parce qu’elle est informe, ouvre à la compréhension et à l’interprétation de celles qui ont été édifiées.
    De fait, la question chronologique, qui alignerait des enceintes dans une rythmique régulière, est sans objet pour tenir le rôle que je leur fais tenir, et si je convoque de très anciennes enceintes, comme les plus modernes avec un vide entre les deux, je laisserai Giorgio Agamben dans Nudités (p.29), vous en donner la raison : Les historiens de l’art et de la littérature savent qu’il y a entre l’archaïque et le moderne un rendez-vous secret, non seulement parce que les formes les plus archaïques semblent exercer sur le présent une fascination particulière, mais surtout parce que la clef du moderne est caché dans l’immémorial et le préhistorique… C’est en ce sens que l’on peut dire que la voie d’accès au présent a nécessairement la forme d’une archéologie.

    Une chose finalement m’interroge : Pourquoi m’avoir offert un article de quatre lourdes pages ? Qu’est-ce qui a retenu votre attention au point de m’honorer de la sorte ? Je vous remercie d’ailleurs pour cet effort car votre article m’éloigne un peu plus du terrible linceul de l’indifférence.
    Si vous m’avez lu, je vous ai lu aussi et quand je parcours à nouveau vos quatre pages, une chose m’interpelle : elles ne disent rien. On voudrait, dans un article de cette nature, voir être portée une critique constructive qui dirait des arguments de pensée qui élèveraient le débat. Mais de pensées exprimées par vous… aucune ; un grand vide qui fait que votre texte qui devrait se terminer sur une pensée conclusive, en sa terrible absence, se termine lamentablement sur une parole insultante pour ne pas dire diffamatoire.
    Alors qui êtes-vous, monsieur, pour écrire un article qui s’avère n’être finalement qu’une somme haineuse ? Au vu du peu d’esprit et d’humour qui l’habite, je pencherais volontiers pour vous inscrire dans la très peuplée corporation des chercheurs institutionnalisés tant votre prose en utilise les codes. Vous vous parez d’une solide armure faite de conditions méthodologiques et référentielles derrière lesquelles vous vous tenez bien à l’abri et qui vous fait tenir l’aplomb. Mais le contenant, tout rutilant soit-il, ne présuppose pas du contenu et il se trouve que, lorsqu’on effeuille cette parure pour y chercher l’or d’une pensée nue, on est souvent déçu par le peu qu’on y trouve… et question déception, vous êtes au rendez-vous.
    Mais que me dites-vous quand vous posez cette question ? quelles sont, plus précisément, les intentions et finalités théoriques globales du texte ? Pour le savoir je vous suggère de relire la seule dernière phrase de la conclusion. À l’aune de celle-ci, pour pourriez reprendre mon texte. Il faudrait pour cela un peu de bienveillance, le risque de penser par vous-même et poser un instant la pesante armure méthodologique et référentielle qui vous accable.

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Pour citer cet article :

Mathias Rollot, « Errer et s’égarer dans l’idée d’enceinte », Métropolitiques, 13 avril 2020. URL : https://www.metropolitiques.eu/Errer-et-s-egarer-dans-l-idee-d-enceinte.html
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