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Villes moyennes

par Aurélien Delpirou, le 04/12/2013
Auxerre (Yonne) (cc) Jonathan d[-_-]b/Flickr
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Métropolitiques déplace la focale vers les villes moyennes, qui jouent encore un rôle structurant pour le territoire français et notamment pour l’espace rural. Dotées de capacités d’adaptation non négligeables aux dynamiques complexes et contrastées qui les traversent, ces villes d’interface constituent un objet stimulant pour la recherche urbaine, elle-même susceptible de renouveler les expertises mobilisées par les aménageurs et les élus.

À l’heure où tous les projecteurs scientifiques et politiques semblent braqués sur la question métropolitaine, Métropolitiques a choisi de consacrer un dossier aux villes moyennes. Loin des clichés sur leur irréversible marginalisation, ces villes représentent invariablement, depuis quarante ans, environ 20 % de la population et 30 % des citadins du pays. Leur rôle de centralité administrative et de gisement de ressources pour l’espace rural a durablement structuré le territoire français. Par ailleurs, dans un pays marqué par le rôle prééminent de la capitale et par la faiblesse relative des grandes villes, la notion de « ville moyenne » s’est imposée tout à la fois comme un champ d’étude de la géographie urbaine [1], une figure classique du discours politique et une catégorie à part entière de l’aménagement du territoire. La plupart de ces villes sont regroupées dans la Fédération des villes moyennes (FVM), qui exerce un lobbying discret mais efficace.

Si elles sont profondément enracinées dans le récit territorial national, les villes petites et moyennes sont l’objet de dynamiques complexes et contrastées. Depuis une vingtaine d’années, le double mouvement de mondialisation–métropolisation a remis en cause leur modèle et leur échelle de polarisation, tout en fragilisant leur base résidentielle et productive. En effet, plusieurs de ces villes ont été durement touchées par les délocalisations et les fermetures de services liées à la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Toutefois, loin des visions catastrophistes trop largement diffusées, le repli démographique et la déprise économique ne sont ni une constante ni une fatalité. Ils concernent au premier chef des villes monofonctionnelles situées dans les territoires les plus fragilisés par la mondialisation, notamment à l’est et au centre du pays. En outre, les capacités d’adaptation des villes moyennes aux mutations en cours ne sont pas négligeables. Le développement de la sphère présentielle [2], notamment à travers le tourisme, mais aussi la résistance de l’économie de proximité et la relative pérennité de leur fonction d’encadrement, contribuent à une certaine résilience de ces villes face à la crise.

Force est toutefois de constater la grande diversité des situations locales. Si les villes petites et moyennes connaissent des trajectoires contrastées, c’est que celles-ci sont largement déterminées par les systèmes territoriaux au sein desquelles elles s’inscrivent. En particulier, leur capacité à exercer des « fonctions d’intermédiation » (De Roo 2010), à l’interface entre aires métropolitaines et espaces de faible densité, est une condition nécessaire de leur intégration dans des dynamiques productives et/ou résidentielles favorables. À l’instar de la DATAR [3], plusieurs chercheurs privilégient, d’ailleurs, la notion de « villes intermédiaires » pour appréhender cette mise en réseau à différentes échelles.

Toutefois, les rapports aux métropoles, entre dépendance, concurrence et complémentarité, demeurent ambigus, voire conflictuels. La question de l’enseignement supérieur en offre un exemple saisissant. D’un côté, la récente polémique au sujet du projet de fermeture de l’antenne de Béziers de l’université Paul-Valéry de Montpellier a rappelé que la pérennité des implantations en ville moyenne dépendait en grande partie de la métropole voisine. De l’autre, le succès relatif mais réel du campus autonome d’Albi, lié notamment à sa forte intégration au tissu économique local et à un soutien politique sans faille, montre qu’il est possible de se différencier « par le haut ».

Après plusieurs décennies d’interventions velléitaires de l’État, des « contrats de villes moyennes » dans les années 1970 aux systèmes productifs locaux en passant par le développement des pays, regroupant des communes rurales autour de petites villes, les politiques publiques doivent prendre la mesure de ces nouveaux enjeux (Béhar 2011 ; Santamaria 2012). En effet, comme le rappelle le maire de Nevers, les responsables des villes moyennes sont confrontés à des choix stratégiques difficiles, entre spécialisation et maintien de fonctions généralistes, proximité et mise en réseau, excellence et équité territoriales. Venant à la suite de plusieurs initiatives [4], donnant la parole aux chercheurs comme aux élus, ce dossier rappelle que ces villes restent des objets stimulants pour la recherche urbaine et qu’elles ont plus que jamais besoin de regards renouvelés et d’expertises diversifiées.

Au sommaire du dossier

En savoir plus

  • Béhar, Daniel. 2011. « Bricolage stratégique et obligation d’innovation », Urbanisme, n°378, p. 50‑51.
  • DATAR, 20 villes moyennes témoins.
  • De Roo, Priscilla. 2011. « Des charnières territoriales à conforter », Urbanisme, n° 378, p. 39‑43.
  • Giroud, Mathieu, Mainet, Hélène et Édouard, Jean-Charles (dir.). 2012. Les Mobilités spatiales dans les villes intermédiaires. Territoires, pratiques, régulations, Clermont-Ferrand : Maison des sciences de l’homme.
  • Larmagnac, Caroline, George-Marcepoil, Emmanuelle et Aubert, Francis. 2012. « Les villes intermédiaires et leurs espaces de proximité », Territoires 2040, n° 3.
  • Santamaria, Frédéric. 2012 « Les villes moyennes françaises et leur rôle en matière d’aménagement du territoire : vers de nouvelles perspectives ? », Norois, n° 223, p. 13‑30.
  • Urbanisme. 2011. « Les villes moyennes contre-attaquent », n° 378, mai‑juin.

Notes

[1] Les villes moyennes sont classiquement définies par des seuils démographiques, compris entre 20 000 et 200 000 habitants agglomérés.

[2] Issue des travaux de Laurent Davezies et Christophe Terrier, cette notion désigne les activités générées par la population effectivement présente sur un territoire (touristes, résidents secondaires…) et non par la seule population résidente.

[3] Par exemple, dans une publication récente issue du programme de prospective Territoires 2040 (Larmagnac et al. 2012).

[4] Voir, entre autres, les colloques universitaires organisés à Clermont-Ferrand en novembre 2010 (« Les mobilités spatiales dans les villes intermédiaires. Territoires, pratiques, régulations »), à Tours en décembre 2010 (« Les villes petites et moyennes. Un regard renouvelé ») et à Nevers en mai 2013 (« Centralités et développement territorial en villes moyennes »), mais aussi les travaux de la DATAR et de la FVM.

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Pour citer cet article :

Aurélien Delpirou, « Villes moyennes », Métropolitiques, 4 décembre 2013. URL : http://www.metropolitiques.eu/Villes-moyennes,595.html
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